La fabuleuse histoire du livre

 

Le Livre, une belle histoire d’amour qui résiste au temps

Le livre est un produit à part. En effet, comment expliquer l’attachement si particulier qui nous lie à cet objet iconique, symbole de culture, de plaisir et d’imaginaire ? Il est le résultat d’une alchimie, héritée d’une longue tradition qui se perpétue en tentant de conserver sa magie.

Chaque année, pas moins de 78 000 livres sont publiés en France et 420 000 sont achetés. À l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, l’histoire d’amour entre les Français et le livre ne se dément donc pas. Mais quel en le secret ? Difficile à dire car « aucun algorithme ne peut expliquer pourquoi un livre plutôt qu’un autre va susciter l’engouement des lecteurs », explique Pascal Lenoir, Directeur de la production aux Éditions Gallimard.

UN MONDE À PART

Il faut dire que dans le livre, tout repose sur une alchimie très particulière qui fait que l’univers d’un auteur va pouvoir rencontrer et toucher la subjectivité d’un lecteur – voire de millions de lecteurs. Car qui aurait pu prédire le succès de JK Rowling quand elle a écrit Harry Potter ?

À l’inverse, même de grands éditeurs peuvent passer à côté de grands textes, comme Du côté de chez Swann de Marcel Proust, publié chez Grasset à la suite d’un refus par la NRF (Nouvelle Revue Française). « Ces exemples montrent bien qu’aucune recette toute faite ne peut garantir le destin d’un livre », complète Pascal Lenoir.

BON A SAVOIR

Un patrimoine précieusement conservé

Il est possible de retrouver au moins un exemplaire de chaque livre qui a été imprimé dans le pays. Pour cela, il faut se rendre à la Bibliothèque nationale de France, véritable citadelle protectrice de notre patrimoine éditorial. Grâce au dépôt légal, c’est elle qui archive chaque livre publié pour l’éternité…

LE COLLECTIF À L’OEUVRE

Une chose est sûre : un livre n’est pas le résultat d’une aventure individuelle. C’est bien l’œuvre d’un collectif d’acteurs – depuis l’auteur qui transpose son univers sur papier, jusqu’au libraire, en bout de chaîne, qui joue le rôle de passeur.

La concrétisation de cette histoire commence chez l’éditeur, premier lecteur des textes, véritable découvreur de pépites. Certaines maisons d’édition, comme Gallimard, ont ainsi conservé la tradition du comité de lecture, dont les membres se réunissent tous les mois pour défendre leurs coups de cœur. Mais une fois que le texte est accepté, tout reste encore à faire. L’éditeur pouvant aider l’auteur à le retravailler pour le faire gagner en force.

Entrent ensuite en scène les préparateurs, garants de la cohérence et de la qualité éditoriale (gestion des temps, de la ponctuation, des répétitions…). Sans oublier les correcteurs qui traquent les coquilles et imprécisions, ainsi que les typographes qui sont en charge de l’harmonie des niveaux de texte, des césures, du « gris typo », si importants au confort de lecture. Mais aussi les photocompositeurs, artisans de la mise en page.

Et la fabrication dans tout ça ? Pour Pascal Lenoir, elle concourt à part entière à l’acte de création du livre : « Aux Éditions Gallimard, la fabrication commence à la réception du manuscrit et se termine à la livraison du livre. C’est-à-dire que les choix autour de la préparation du texte, sa mise en page ainsi que la typographie, le papier et le format sont discutés le plus en amont possible et avec l’auteur. Ce sont des choix créatifs en tant que tels. »

ZOOM SUR

À nous tous d’écrire le prochain chapitre

La belle histoire du livre ne peut continuer à s’écrire sans la transmission de l’amour de la lecture et des beaux ouvrages aux jeunes générations.

Par exemple, en les mettant très tôt au contact des livres, en les emmenant en librairie, à la bibliothèque… Et pour aiguiser les curiosités – ou pourquoi pas éveiller les vocations –, rendez-vous près de Fontainebleau, à l’Atelier-Musée de l’Imprimerie (AMI) qui fait découvrir les techniques d’impression et propose une série d’ateliers ludiques pour petits et grands. Les apprentis imprimeurs y sont invités à fabriquer du papier, s’exercer à la calligraphie et même composer un texte et l’imprimer. De quoi faire naître de nouvelles passions…

DE LA TECHNIQUE, MAIS SURTOUT DE L’HUMAIN

L’histoire ne s’arrête évidemment pas là. Une fois l’ouvrage finalisé chez l’éditeur, il est envoyé chez l’imprimeur, un univers de machines. Et même de grosses machines… Mais pas seulement. Là aussi, c’est l’expérience et la sensibilité de tous les corps de métiers qui priment. Conducteurs de presse, façonniers, relieurs, photograveurs…

Tout un savoir-faire est mobilisé et dont la créativité s’exprime particulièrement pour la confection des beaux livres. « C’est un métier de l’attention, du dialogue, de l’écoute et du respect de l’autre, explique Pascal Lenoir. Ici, tout est complexe, prend du temps, doit s’anticiper. C’est finalement un monde à contre-courant de l’évolution de la société ! »

Tel est bien le grand défi de cette formidable aventure du livre : arriver à perpétuer ses savoir-faire, les valoriser et attirer les talents de demain. Pour Pascal Lenoir, la question est de taille : « Aujourd’hui nos métiers se complexifient énormément. Ils deviennent plus pointus et requièrent des compétences techniques, managériales, logistiques, commerciales, etc. Être imprimeur aujourd’hui, c’est comprendre une multitude de métiers. Notre grand chantier pour le futur : permettre à chacun de se reconcentrer sur son expertise et sa valeur. »

ZOOM SUR

Livres numériques, où en est-on ?

Les premiers livres numériques sont arrivés sur le marché au tournant des années 2000. À l’époque, certains prédisaient un raz-de-marée et annonçaient la disparition du livre papier. Vingt ans après, qu’en est-il ? L’édition numérique progresse chaque année mais elle reste encore marginale. En 2019, elle représentait 8,2 % des ventes, avec des usages essentiellement pratiques (36 % des ventes des livres professionnels ou universitaires, contre 5 % des ouvrages de littérature).

Source : 10e baromètre du livre numérique, SNE, La Sofia, SGDL.

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